Tensions entre Macron et Erdogan : pourquoi le torchon brûle entre France et Turquie ?


26 octobre 2020

Les présidents français Emmanuel Macron et turc Recep Tayyip Erdogan multiplient controverses et oppositions stratégiques.

aujourd’hui leurs relations sont réduites aux invectives, voire aux injures. Diplomatie, géopolitique, rapport à l’Islam… les dossiers s’empilent depuis un an et se raidissent depuis le début de l’été.

Un héritage bilatéral compliqué

Lorsque Emmanuel Macron accède à l’Elysée en 2017, les relations bilatérales sont déjà crispées. Paris n’a jamais été enthousiaste à l’idée d’intégrer la Turquie au sein de l’Union européenne. Et en 2001, la France a reconnu le génocide arménien, provoquant des réactions offusquées d’Ankara.                                                                                            Depuis, les sujets de discorde se sont multipliés et avec eux les passes d’armes.
Un dialogue de sourds et, "plus grave, le refus de tenter de saisir la logique de l’interlocuteur", relève Didier Billion, spécialiste de la Turquie et directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). "Des visions idéologiques antinomiques semblent désormais prévaloir et aboutissent à une situation de blocage".

Syrie, Libye, Méditerranée, Caucase…

C’est autour de ce que Paris appelle "l’hubris turc" que les relations bilatérales se sont tendues. En Syrie, en octobre 2019, Ankara exaspère Paris en reprenant aux forces kurdes, alliées des Occidentaux face au groupe Etat islamique, une bande frontalière de 120 kilomètres à l’intérieur du territoire syrien.

En Libye, Recep Tayyip Erdogan s’engage militairement aux côtés du gouvernement d’union nationale de Fayez al-Sarraj, reconnu par l’ONU et basé à Tripoli, face aux autorités de l’Est du général Khalifa Haftar. Accusée parfois d’avoir soutenu Haftar, Paris dénonce aujourd’hui toutes les ingérences étrangères, et refuse de laisser la Turquie prendre pied en Libye, d’où celle-ci contrôlerait un second point d’accès aux routes migratoires vers l’Europe.

Autre dossier: la Méditerranée orientale. La Turquie se base sur un accord de délimitation maritime signé avec Sarraj pour revendiquer un plateau continental considérablement étendu, où elle mène des recherches gazières au grand dam de la Grèce et de Chypre. Dernier front en date, le Caucase. La Turquie soutient l’Azerbaïdjan dans son conflit avec l’Arménie sur le Haut Karabakh. Le président Macron a dénoncé à cet égard l’envoi au front de mercenaires syriens par la Turquie.

Chiens et chats à l’Otan

L’Alliance atlantique, dont les deux pays sont membres, est aussi un terrain de querelles. En novembre 2019, Emmanuel Macron avait dénoncé l’état de "mort cérébrale" de l’organisation. Recep Tayyip Erdogan l’avait en retour invité à "examiner sa propre mort cérébrale".

La situation a basculé au début de l’été, lorsque Paris a dénoncé le comportement turc "extrêmement agressif" contre une frégate française engagée dans une mission de l’Otan en Méditerranée, lors d’une tentative de contrôle d’un cargo suspecté de transporter des armes vers la Libye. Ankara a rejeté des accusations "infondées".

La question brûlante de l’islam

Sur la question religieuse, le torchon brûle, renvoyant les deux capitales à des problématiques intérieures. Ankara a réagi avec colère au discours du président Macron sur le "séparatisme islamiste" et la nécessité de "structurer l’islam" en France.
De son côté, Paris a accusé les autorités turques de ne pas avoir dénoncé la décapitation le 16 octobre de Samuel Paty pour avoir travaillé en classe sur des caricatures de Mahomet. Ankara affirme avoir présenté ses condoléances dès le lendemain et a formellement condamné lundi "l’assassinat monstrueux" de l’enseignant.

Ali Bakeer, analyste politique turc basé à Ankara, estime que les propos d’Emmanuel Macron à l’égard de l’islam en France ne pouvaient que choquer son interlocuteur. "Erdogan devait choisir entre être d’accord avec ce que disait le président français, apparaissant ainsi faible et sans solution pour ses concitoyens et les musulmans qui croient en son leadership, ou répondre. Bien sûr, il a choisi de répondre".

Une querelle personnalisée

Attaques répétés d'Erdogan sur la "santé mentale" de son homologue
Ce communiqué intervient dans un climat diplomatique tendu entre la France et la Turquie dont le président, Recep Tayyip Erdogan, a une nouvelle fois pris pour cible dimanche son homologue français en déclarant qu'Emmanuel Macron s'était "égaré" par ses positions envers les musulmans et l'islam.

Le président turc s'en était déjà pris samedi au président français en affirmant qu'il avait besoin de soigner sa santé "mentale", des propos qui ont poussé la France à rappeler pour consultation son ambassadeur à Ankara.

Levia Ruimy 

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