Pologne : une loi sur Auschwitz qui met en colère les Juifs et Israël

30 janvier 2018

Le torchon brûle entre Israël et la Pologne après l’adoption à Varsovie d’une loi interdisant tout lien entre la Pologne et les crimes de guerre nazis. Le Premier ministre israélien s’est entretenu dans la soirée avec son homologue polonais. Il a été décidé d’ouvrir un dialogue à propos du texte controversé, dont le président polonais a promis d’examiner des passages.

 

« Nous n’avons aucune tolérance pour les fausses vérités, la réécriture de l’histoire et le négationnisme de la Shoah », a martelé le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu à l’ouverture du Conseil des ministres hebdomadaire à Jérusalem.

Le représentant diplomatique de Varsovie a été convoqué au ministère des Affaires étrangères pour lui faire part de la position très ferme d'Israël, qui exige un changement immédiat de la nouvelle loi polonaise, rapporte notre correspondant à Jérusalem, Michel Paul.

Le texte comprend un article qui prévoit des poursuites, allant aussi jusqu'à trois ans de prison, contre toute personne qui « attribue à la nation ou à l'Etat polonais la responsabilité ou la co-responsabilité des crimes commis par le IIIe Reich allemand - ou tout autre crime contre l'humanité (...) ou crime de guerre»

Le chef du parti centriste Yaïr Lapid, dont le père fut un survivant de la Shoah, a été le premier responsable israélien à réagir samedi sur Twitter. «Je condamne fermement cette nouvelle loi qui tente de nier la complicité polonaise dans l'Holocauste. Celui-ci a été conçu en Allemagne mais des centaines de milliers de Juifs y ont été tués sans avoir jamais rencontré un soldat allemand», a-t-il dénoncé, avant d'affirmer: «Il y a eu des camps de la mort polonais et aucune loi ne peut rien y changer.» L'ambassade de Pologne à Tel Aviv a aussitôt répliqué sur son compte Twitter: «Vos affirmations sont insupportables et montrent à quel point il est nécessaire de renforcer l'enseignement de l'Holocauste, y compris ici en Israël». Elle a aussi précisé: «l'intention de ce projet de loi n'est pas d'effacer le passé mais de protéger la vérité face à de telles calomnies.»

Le gouvernement de Mateusz Morawiecki affirme vouloir réparer ce qu'il présente comme une injustice historique en combattant les «mensonges» énoncé sur le rôle du peuple polonais durant la seconde guerre mondiale. «Chaque jour, dans le monde entier, l'expression «camp de la mort polonais» est utilisée - ce qui revient à attribuer aux Polonais les crimes de l'Allemagne nazie», a plaidé vendredi le ministre adjoint de la Justice, Patryk Jaki. En août dernier, l'ambassadeur polonais auprès d'Israël avait décrit dans les colonnes du journal Haaretz le projet de loi en gestation comme «un outil dans la bataille mondiale contre la négation de l'Holocauste». Mais les détracteurs de ce texte, en particulier en Israël, soulignent qu'il fait peu de cas des pogromes meurtriers commis par des Polonais et documentés depuis lors par les historiens. Ils soupçonnent le gouvernement conservateur nationaliste de chercher en réalité à réécrire l'histoire.

Cette controverse résonne comme une fausse note alors que le gouvernement israélien cultive depuis plusieurs années une relation privilégiée avec la Pologne ainsi qu'avec plusieurs autres pays d'Europe de l'Est. Fin décembre, alors qu'une majorité de l'assemblée générale des Nations-Unies approuvait une résolution condamnant la reconnaissance, par Donald Trump, de Jérusalem comme capitale d'Israël, les autorités polonaises ont choisi de s'abstenir. La Hongrie, la République tchèque, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine et la Roumanie ont fait de même. 

(Source : Times of Israël)

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