L'Allemagne autorise dorénavant les symboles nazi dans les jeux vidéo

26 août 2018

Longtemps interdits car jugés dangereux pour les enfants, croix gammées et salut hitlérien ont commencé cette semaine à figurer dans les jeux vidéo en Allemagne au nom de la liberté artistique, une évolution qui suscite des critiques.

Dans un jeu présenté à la Gamescom, grand salon du jeuvidéo à Cologne en Allemagne, « Through the Darkest Times », sera le premier jeu commercialisé en Allemagne où la croix gammée ne sera pas censurée.

Le joueur y incarne un résistant au nazisme durant la Seconde Guerre mondiale.

Ici, les membres IIIe Reich sont clairement identifiables: Les croix gammées ne sont plus remplacées par d'autres symboles en noir sur fond rouge. Les saluts nazis sont bien visibles et Hitler, auparavant jamais identifié sous son vrai nom, retrouve sa moustache.

"Parce que les développeurs craignaient de dire de quoi il s'agissait, ils inventaient des choses fantaisistes. Hitler ne s’appelait plus Hitler mais Heiler et n'avait plus de moustache, et il n’y avait plus de Juifs mais des traîtres. C'est problématique parce que tout un aspect de l'histoire était passé sous silence", a expliqué Jörg Friedrich, co-développeur du jeu.

C'est sous la pression de l'industrie des jeux vidéo et de la communauté des joueurs, que l'autorité indépendante de régulation allemande (USK) a accordé au secteur la même latitude que celle dont bénéficient déjà le cinéma ou le théâtre.

A la suite d'une décision de justice de 1998, les jeux vidéos n'y avaient jusqu'alors pas droit. Les juges craignaient à l'époque que les enfants "grandissent avec ces symboles et insignes et s'y habituent".



"C'est un passé que l'on ne doit pas forcément occulter car il peut aussi constituer une piqûre de rappel" pour le public, estime Michael Schiessl, visiteur de la Gamescom.

Un avis qui ne fait pas l'unanimité,



"On ne joue pas avec les croix gammées", a critiqué la ministre allemande de la Famille. Les Allemands en particulier "doivent continuer aujourd'hui à être conscients de leur responsabilité historique", a-t-elle affirmé.



"Comment allez-vous expliquer aux jeunes qui viennent de jouer dans "Call of Duty" qu'ils peuvent y hisser le drapeau à croix gammée mais que s'ils le taguent sur le mur d'une maison, ils finissent au tribunal?", s'exaspère aussi Stefan Mannes, rédacteur en chef d'un portail allemand d'informations sur le IIIe Reich baptisé "L'avenir a besoin de mémoire".

Un argument que rejette Klaus-Peter Sick, historien au Centre Marc-Bloch de Berlin: "le joueur est intelligent et sait faire la différence" entre la fiction et la réalité. "Il n'y a pas de risque de dérive: on ne devient pas nazi en voyant des croix gammées!".

D'autant plus que l'USK n'envisage pas d'autorisation générale et donnera son accord au cas par cas pour savoir si la présence de symboles nazis dans un jeu est "socialement appropriée".

Cette décision constitue pour Klaus-Peter Sick, un signe supplémentaire de la "normalisation" des rapports de l'Allemagne avec son difficile passé.

"Cette société peut relire "Mein Kampf" sans devenir nostalgique. Les nazis convaincus sont décédés. C'est une question de génération. La société s'est transformée et se situe désormais loin d'une époque à laquelle elle ne veut plus revenir", avance l'historien.

Daniel Jacomella

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