La fortune du Guide Suprême iranien = 95 milliards de dollars

04 janvier 2018

Une information qui ne va pas calmer les manifestants iraniens : la fortune du guide suprême Ali Khamenei est évaluée à 95 milliards de dollars

Le chiffre a de quoi donner le tournis: mais, selon l'agence Reuters, l'ayatollah iranien Ali Khamenei règne bien sur un vaste empire économique représentant une somme aussi impressionnante. Cela équivaut à environ 71 milliards d'euros, soit davantage que la valeur actuelle des revenus pétroliers annuels d'Iran.

Au terme d'une enquête longue de six mois, l'agence met sous le feu des projecteurs cette organisation peu connue, baptisée Setad, qui est l'une des clés de la longévité au pouvoir du dirigeant iranien. Elle possède des parts dans pratiquement chaque secteur de l'économie nationale, de la finance au pétrole ou aux télécommunications.

Rien ne prouve que le guide suprême puise dans les fonds de Setad pour s'enrichir personnellement, mais l'organisation donne à Ali Khamenei, au pouvoir depuis 24 ans, les moyens financiers d'opérer indépendamment du parlement et du budget national, ce qui le protège des complexes luttes de pouvoir qui agitent en interne la République islamique.

Setad a bâti son empire en confisquant systématiquement des milliers de biens appartenant à des Iraniens au profil varié, qu'ils soient chiites, membres de minorités religieuses, hommes d'affaires ou membres de la diaspora. L'enquête de Reuters montre comment Setad a amassé un gigantesque portefeuille de biens immobiliers en clamant devant les tribunaux, parfois à tort, que ces propriétés avaient été abandonnées.

L'organisation détient désormais, sur ordre de la justice, un monopole sur la saisie de propriétés au nom du guide suprême, et vend régulièrement ces biens aux enchères ou cherche à retirer de l'argent auprès de leurs propriétaires d'origine. Pour le seul mois de mai 2013, près de 300 biens ont ainsi été mis aux enchères par Setad, pour des millions de dollars.

Le nom complet en persan est "Setad Ejraiye Farmane Hazrate Emam", ce qui peut se traduire par "Siège pour l'exécution des ordres de l'imam". Il se réfère à une décision du fondateur de la République islamique, l'ayatollah Ruhollah Khomeini, peu avant sa mort en 1989, de créer une entité pour gérer et vendre les propriétés abandonnées dans le chaos des années qui ont suivi la révolution de 1979. Selon l'un de ses cofondateurs, Setad devait aider les pauvres et les anciens combattants et n'était censée exister que pendant deux années.

Près de vingt-cinq ans plus tard, l'organisation s'est muée en vaste machine économique. Elle contrôle aussi une fondation caritative, mais il est difficile de déterminer les fonds consacrés aux activités de cette dernière.

Outre l'immobilier, Setad possède des parts dans des dizaines d'entreprises publiques ou privées, avec l'objectif avoué de créer un conglomérat iranien pour stimuler la croissance économique de la République islamique.

Au fil des ans, le guide suprême, les juges et le parlement ont émis une série de décrets bureaucratiques, de décisions judiciaires ou constitutionnelles qui ont renforcé ses prérogatives. "Aucun organe de supervision ne peut remettre en cause ses biens", explique Naghi Mahmoudi, un avocat iranien qui a quitté l'Iran en 2010 et vit aujourd'hui en Allemagne.

(Latribune.fr)

Commentaires(0)

Connectez-vous pour commenter cet article